Origine du Karaté-Dô

Au centre, Kyan Sensei (1870-1945), maître majeur d’Okinawa dont nous pratiquons le Karaté-Dô dans notre école

Karatedo: (Jap.) Budo. »Voie de la main (Te) vide (Kara) », art japonais de combat à main nue, issu d’une synthèse okinawaïenne (Okinawa-te) de méthodes locales (Tode) et d’apports chinois (Quan-fa). L’évolution, la maturation et le transfert du Karaté, sous forme de plusieurs styles de base, se sont fait à partir du XVIIe siècle jusqu’au début du XXe siècle. C’est dans la phase finale de ce transfert que l’interprétation de Kara-té changea de « technique chinoise »(Kara pour ce qui venait de la chine des Tang) en « main vide » (Kara pour Ku, c’est à dire « vide ») ce qui soulignait l’acquisition d’une nouvelle dimension pour l’ancienne technique de Karaté au même titre que les anciens Bujutsu (techniques martiales) japonais devenus Budo (voies martiales).

Une orientation qui fut complétée par l’adjonction du suffixe Do (voie), pour rappeler la véritable préoccupation du Karaté do: désormais l’ancienne technique de combat à main nue est, par dessus tout, une discipline du corps et de l’esprit, un cheminement interne qui doit permettre au Karatéka, à travers des entraînements extrêmement durs mais désintéressés (d’où l’absence de la notion même de compétition, la motivation devant être ailleurs, au delà des résultats tangibles) de trouver le chemin vers l’être intérieur. Ici, le Karaté do devient art martial, voie vers la perfection de la nature humaine, vers la découverte du « soi » après avoir occulté le « moi ». Le seul but est la victoire sur soi-même, non sur autrui, victoire sur la peur, l’orgueil, l’intolérance, et la découverte d’une nouvelle liberté d’être, que le Karatéka applique alors à tous les domaines de la vie. Dans cet optique, le Karaté est un authentique Budo, comme le Japon en compte beaucoup, hérités d’une longue histoire et pour lesquels la technique n’est rien sans l’esprit (hito-no-mitchi: »une Voie de l’homme »). C’est là le message humaniste transmis par de nombreux maîtres de Karaté d’antan et qui n’a, paradoxe apparent de « l’art de la main vide », rien à voir avec violence et destruction. La voie de la tradition est Voie de la sagesse. Ce Karaté traditionnel (Mushiki-Karaté ou Koshiki Karaté) a conservé une richesse technique présente dans ces Kata et les bunkai de ces derniers, incomparablement supérieure à l’arsenal des techniques retenues par le Karaté sportif, qu’il soit à usage compétitif ou non.

Jusqu’au début du XXe siècle, le Japon ignorait tout du Karaté développé sur l’île d’Okinawa suivant trois styles majeurs: Shuri-te, Naha-te, Tomari-te. A la fin du XIXe siècle, deux écoles, héritières des premiers courants, dominèrent: Shorin-ryu et Shorei-ryu. Celles-ci furent à la source des principaux styles actuels de Karaté do au Japon et dans le monde, qui s’individualisèrent dans les années 1930 avec l’installation au Japon de Funakoshi Gishin, de Myagi Chojun, de Mabuni Kenwa et de quelques autres pionniers moins connus. L’évolution, à partir des années 1950, du Karaté do japonais vers des applications sportives, a créé friction et ruptures au niveau des styles et des experts, se traduisant par des dynamiques différentes dans les groupes et fédérations.. Notamment, les styles okinawaïens de Karaté do, plus proches de leurs racines historiques et techniques, se réclament plus systématiquement de l’orientation classique, traditionnelle. Quoique, à Okinawa aussi, avec la disparition des derniers chefs de file à l’autorité incontestée, les nouvelles générations de pratiquants se laissent également de plus en plus tenter par la pratique à but exclusivement sportif…

Source: Encyclopédie des arts martiaux par Gabrielle et Roland Habersetzer